Versions françaises de la Banque du Canada et de Statistique Canada ci-jointes.
Canada Inc. : Un an sous la direction de Carney
Le premier ministre du Canada, Mark Carney, est en poste depuis un an maintenant.
Certains commentateurs voient dans ses choix de formulation et de cadrage une approche de style corporatif pour un premier ministre ayant passé plus d’une décennie chez Goldman Sachs.
Dans le Budget 2025, par exemple, le gouvernement a utilisé un cadre de budgétisation du capital qui sépare les dépenses d’investissement en immobilisations et les dépenses de fonctionnement (programmes/administration).
Si vous comparez à vos dépenses personnelles, cela reviendrait à considérer vos frais de scolarité universitaires comme un investissement dans votre avenir plutôt qu’une dépense de fonctionnement. Au bout du compte, vous devez quand même payer. Mais la manière de le présenter en dit long sur votre approche.
D’autres rappellent l’expérience de Carney dans le secteur public à la tête de la Banque du Canada, avec un tel succès que la Banque d’Angleterre n’a même pas trouvé de Britannique pour diriger sa propre banque centrale de 2008 à 2013, faisant plutôt confiance au Canadien Carney.
Carney est probablement un mélange des deux, appréciant la spécificité de la fonction publique où appliquer le pragmatisme n’est pas aussi simple que dans une entreprise, d’autant plus que les Canadiens ont choisi de ne pas lui accorder un gouvernement majoritaire. Dans une entreprise, on parlerait d’un leadership de service, puisque le premier ministre est en réalité au service du pays et de ses citoyens.
Quelle que soit la façon dont on envisage l’approche de Carney, une chose est certaine : il a affirmé que le Canada mettait l’accent sur la construction nationale, avec l’ambition (l’espoir ?) de catalyser 1 billion de dollars d’investissements publics et privés afin de renforcer la souveraineté en matière de défense et d’infrastructures, notamment le logement, l’énergie et les infrastructures numériques.
Cela signifie que les investissements et l’abordabilité sont au cœur des préoccupations dans un contexte d’incertitude persistante liée aux droits de douane, qui a un impact direct sur la performance des exportations et les perspectives des entreprises.
Sa biographie officielle indique que « le gouvernement de Carney est déterminé à faire croître notre grand pays, à créer davantage d’emplois mieux rémunérés, à mettre plus d’argent dans les poches des Canadiens et à rendre le Canada plus sûr ».
Que disent les plus récentes données à ce sujet ?
Un ralentissement de la croissance du PIB
En 2025, la croissance du PIB du Canada a ralenti à 1,7 %, contre 2,0 % en 2024 et en 2023, soit la plus faible performance depuis la contraction de 5,0 % enregistrée durant l’année pandémique 2020. La Banque du Canada s’attend à un nouveau ralentissement à 1,1 % en 2026.

L’année s’est terminée avec une économie qui s’est contractée à un taux annualisé de 0,6 % au quatrième trimestre, une performance plus faible que ce que la Banque du Canada avait projeté.

Sur une base trimestrielle, le PIB a reculé de 0,2 % au T4. Il est demeuré inchangé par habitant, après avoir progressé de 0,5 % au T3. Dans tous les cas, un ralentissement.
C’est là où nous avons terminé en 2025.e ended in 2025.

Ce qui a soutenu le PIB
- Les exportations de biens et services ont augmenté de 1,5 % (6,1 % en taux annualisé), tirées par l’or : la même incertitude liée aux droits de douane et plus largement géopolitique qui a pesé sur les exportations stimule aussi la recherche d’actifs refuges, ce qui a fait grimper les expéditions d’or.
- La consommation des ménages s’est redressée de +0,4 % (1,7 % en taux annualisé) après avoir reculé de 0,2 % au T3, portée par les dépenses en loyers et en services financiers.
- L’investissement en capital a progressé de +0,8 % au T4 (3,3 % en taux annualisé), sous l’effet d’une hausse de 4,7 % (20,4 % en taux annualisé) des investissements gouvernementaux dans les systèmes d’armes.
Ce qui a freiné le PIB
- Les investissements en stocks : -23,5 milliards de dollars (déstockage).
- L’investissement des entreprises en capital a légèrement diminué de 0,1 % (-0,2 % en taux annualisé). L’investissement résidentiel des entreprises a reculé de 1,1 % (-4,4 % en taux annualisé), en raison notamment de la baisse des coûts de transfert de propriété, une mesure de l’activité sur le marché de la revente, ainsi que d’une diminution des rénovations.

Pour la suite, les données mensuelles sur le PIB indiquent une économie stagnante en janvier 2026.
Qu’en est-il de mettre plus d’argent dans les poches des Canadiens ?
La croissance de la rémunération des salariés ralentit
Bien que la rémunération des salariés ait augmenté de 0,5 % au T4, il s’agit de la moitié de la hausse de 1,0 % enregistrée au T3.
Statistique Canada a cité les paiements rétroactifs et les augmentations salariales des Forces armées canadiennes comme facteur ayant contribué à une hausse de 4,5 % des salaires des employés des administrations publiques. Dans le secteur privé, les salaires ont augmenté de 1,3 % dans la finance, l’immobilier et la gestion d’entreprises, tandis qu’ils ont reculé dans les services d’enseignement et la construction.
En 2025, la rémunération des salariés a augmenté de 3,9 %, soit la plus faible progression depuis 2016 si l’on exclut 2020, durant la pandémie.
La croissance du revenu des ménages ralentit
La croissance du revenu disponible, des salaires et traitements et du revenu de travail autonome a toutes ralenti au T4.
La baisse des taux d’intérêt directeurs a réduit les rendements des comptes d’épargne, mais aussi les charges d’intérêts sur l’endettement. Comme la diminution des revenus de placement a été plus importante que les économies réalisées sur les paiements d’intérêts, le résultat net global a été une baisse de 1,7 % du revenu net de la propriété des ménages.
En 2025, le revenu de la propriété reçu par les ménages a augmenté de 1,4 %, en deçà de la hausse annuelle de 12,6 % en 2024. En décembre 2024, le taux directeur de la Banque du Canada était de 3,25 % et il a terminé 2025 à 2,25 %.
Dans le même temps, les ménages ont payé moins pour emprunter, en particulier les intérêts hypothécaires et non hypothécaires, avec une baisse de 4,4 % après une hausse de 11,2 % en 2024.
Le taux d’épargne recule
Le taux d’épargne des Canadiens a diminué à 4,4 % au T4, contre 5,2 % au T3. Il avait commencé l’année à 5,4 %.

Source: Statistique Canada
Taux de chômage peu changé
Le taux de chômage a terminé 2025 à 6,8 %, peu différent de son niveau du début de l’année, à 6,7 %, après avoir atteint un sommet de 7,1 % en août et septembre 2025. Il est redescendu à 6,5 % en janvier 2026, bien que cela s’explique par une baisse du nombre de personnes à la recherche d’un emploi, avec un recul du taux de participation.
Inflation toujours au-dessus de la cible
Le taux d’inflation a terminé 2025 à 2,4 %, en hausse par rapport à 2,2 % les deux mois précédents, après avoir commencé l’année à 1,9 %. Sans les effets fiscaux liés à un congé de taxe durant l’hiver 2024, le taux d’inflation était supérieur à l’IPC global, à 2,5 %. Il a toutefois diminué par rapport à 2,8 % en novembre et 2,6 % en janvier 2025. Toujours au-dessus de la cible de 2 % de la Banque du Canada.
Finances publiques : une perception divisée dans l’opinion
The Canada Strong budget of « generational investments » tabled in November 2025 projects a $78.3 billion deficit (2.5% of GDP) for the current fiscal year ending in 2026, up from $36.3 billion (1.2% of GDP). The budget deficit is expected to decline in the following years to reach $56.5 billion in 2030 (1.5% of GDP).
Le budget « Un Canada fort » incluant des « investissements générationnels », déposé en novembre 2025, prévoit un déficit de 78,3 milliards de dollars (2,5 % du PIB) pour l’exercice en cours se terminant en 2026, en hausse par rapport à 36,3 milliards de dollars (1,2 % du PIB). Le déficit budgétaire devrait diminuer au cours des années suivantes pour atteindre 56,5 milliards de dollars en 2030 (1,5 % du PIB).
La dette fédérale devrait atteindre un sommet de 43,3 % du PIB entre 2027 et 2029, comparativement à 42,4 % pour l’exercice 2025-2026.
Les dépenses (ou investissements, comme les présente le budget) sur cinq ans comprennent :
- 115 milliards de dollars en infrastructures
- 110 milliards de dollars pour la productivité et la compétitivité
- 30 milliards de dollars en défense et sécurité
- 25 milliards de dollars en logement, grâce à une combinaison de programmes existants, de l’initiative Bâtir des maisons Canada et de mesures fiscales.
Il faudra attendre pour évaluer les retombées sur l’économie et sur les Canadiens, mais au moment de sa présentation, l’accueil et la compréhension étaient mitigés : un sondage d’Abacus Data a montré que 52 % des Canadiens y voyaient un pas en avant, tandis que plusieurs se disaient confus par son mélange de dépenses et de retenue.
Deux récits dominaient dans l’esprit des gens : l’investissement à long terme et le gouvernement « perdant le contrôle des finances publiques ».
Certains observateurs ont également souligné que le budget faisait davantage pour les entreprises que pour les particuliers. En effet, lorsqu’on leur demandait de quoi portait le budget (question non suggérée), les répondants évoquaient d’abord les préoccupations liées au déficit (16 %), suivies par la croissance et la stabilité économiques (12 %).
Même sur le plan émotionnel, l’accueil était mitigé.

La perspective des entreprises
Moins d’entreprises anticipent des pressions liées aux coûts au cours des trois prochains mois
L’Enquête canadienne sur la situation des entreprises de Statistique Canada au premier trimestre de 2026 révèle que, bien que 59,2 % des entreprises s’attendent encore à faire face à des obstacles liés aux coûts au cours des trois prochains mois, cette proportion est en baisse par rapport à 61,2 % au T4 2025. Ces coûts comprennent :
- L’inflation
- Le coût des intrants
- Les taux d’intérêt et les coûts de la dette
- Le coût de l’assurance
- Le coût de l’immobilier
- Les loyers ou les taxes foncières
- Les coûts de transport.
L’inflation est l’obstacle le plus fréquemment anticipé (40,8 % des entreprises).

En ce qui concerne les coûts liés aux droits de douane, 34,1 % des entreprises sont susceptibles de répercuter les hausses sur leurs clients au cours des 12 prochains mois, tandis que 36,5 % ne s’attendent pas à le faire.
L’optimisme des entreprises s’améliore
Près des trois quarts (73,1 %) des entreprises se disent optimistes quant à leurs perspectives au cours des 12 prochains mois, en hausse par rapport à 66,3 % au T4 et 66,7 % au T3.
Près de la moitié des entreprises s’attendent à des salaires stables
Au cours des 12 prochains mois, 45,9 % des entreprises s’attendent à ce que les salaires demeurent stables, tandis que 41,8 % prévoient une augmentation.
Il reste à voir qui bénéficiera des hausses salariales. Il est toutefois notable de souligner que 60 % des postes de haute direction sont occupés par des hommes au T1 2026, probablement avec des salaires plus élevés, ce qui signifie qu’une hausse en pourcentage se traduirait par un montant additionnel en dollars plus important.
Dans l’ensemble, le Canada reste le Canada et l’économie a évité le pire malgré le ralentissement. En particulier, la plupart des exportations canadiennes vers les États-Unis sont toujours protégées contre des droits de douane supplémentaires puisqu’elles sont conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. L’ACEUM doit être révisé cette année, ce qui constitue un risque majeur pour les perspectives économiques du Canada.

Carney remporte également le concours de popularité face au chef conservateur, Pierre Poilievre, selon les plus récents sondages. Un sondage Angus Reid montre que 64 % des Canadiens estiment que Carney fait du bon travail dans la gestion de la relation États-Unis–Canada.
S’il déclenchait des élections – ce qui est de plus en plus évoqué comme stratégie pour obtenir une majorité – 45 % des Canadiens disent qu’ils voteraient pour le Parti libéral. Il s’agit d’une avance de 13 points sur le chef de l’opposition, en hausse par rapport à 10 points il y a un mois.
