Communiquer sur des stratégies intégrant des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance est autant un exercice de gestion des risques qu’une opportunité de croissance.
.
L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) précise ses attentes quant à la manière dont les stratégies ESG doivent être communiquées. Ses dernières orientations indiquent clairement que les affirmations vagues ou exagérées concernant l’intégration ESG et les exclusions ESG sont une source de confusion pour les investisseurs et de risque de greenwashing.
Ces principes ne s’appliquent pas uniquement aux acteurs européens. Si vous êtes une institution canadienne, un gestionnaire d’actifs, un propriétaire d’actifs ou tout autre acteur des marchés financiers opérant sur le marché européen, ces principes s’appliquent également à vous.
Voici les choses à faire et à ne pas faire selon l’ESMA.
Intégration ESG : expliquer les mécanismes
L’intégration ESG est l’un des termes les plus couramment utilisés dans la communication ESG et l’un des plus incohérents dans sa mise en œuvre. Les orientations de l’ESMA soulignent que l’intégration peut recouvrir des réalités très différentes dans la pratique, allant d’un moteur central des décisions d’investissement à un simple élément marginal ayant peu d’impact sur les portefeuilles.
À faire
- Définir clairement l’intégration ESG : expliquer ce que signifie l’intégration ESG dans votre contexte spécifique dès la première utilisation du terme. Le langage clair est essentiel.
- Préciser si elle est contraignante : indiquer explicitement si l’intégration ESG est obligatoire, partielle ou discrétionnaire, et pour quelles classes d’actifs.
- Expliquer son impact sur les décisions : préciser si les facteurs ESG peuvent déclencher des décisions d’achat, de vente, de pondération ou d’allocation, ou s’ils sont pris en compte parmi d’autres éléments sans conséquences directes.
- Être clair sur la matérialité : préciser si l’accent est mis sur les risques ESG financièrement significatifs (simple matérialité) ou si les impacts plus larges en matière de durabilité sont également pris en compte (double matérialité).
- Divulguer l’impact sur le portefeuille : reconnaître lorsque l’intégration ESG entraîne des changements limités dans les positions, les pondérations ou l’écart de suivi.
À ne pas faire
- Ne pas utiliser l’intégration ESG comme un fourre-tout : éviter d’employer le terme pour couvrir des exclusions, des approches best-in-class ou d’autres stratégies ESG.
- Ne pas formuler d’affirmations globales vagues : des déclarations telles que « X % des actifs sont intégrés ESG » nécessitent une explication claire de ce qui est inclus et de ce qui ne l’est pas.
- Ne pas suggérer une supériorité par défaut : l’intégration ESG, à elle seule, ne justifie pas des affirmations de profil de durabilité supérieur si elle ne façonne pas de manière significative la construction du portefeuille.
Exclusions ESG : la précision vaut mieux que la réassurance
Les exclusions sont souvent perçues comme plus faciles à communiquer, mais l’ESMA note qu’elles peuvent être tout aussi trompeuses lorsque les critères, les seuils ou les impacts ne sont pas clairement présentés.
À faire
- Décrire les critères et les seuils : expliquer clairement quels critères ESG sont utilisés, si les exclusions sont absolues ou fondées sur des seuils, et comment ces seuils fonctionnent.
- Expliquer le rôle de la matérialité : indiquer si les exclusions reposent sur des risques ESG matériels, sur des considérations de valeurs, ou sur les deux, et comment cette évaluation est menée de manière cohérente.
- Être transparent sur l’impact : préciser si les exclusions réduisent de manière significative l’univers d’investissement ou modifient la composition du portefeuille, en particulier lorsque l’impact est limité.
- Clarifier la gouvernance : expliquer si les exclusions découlent d’une politique à l’échelle de l’entreprise ou si elles sont propres à un produit ou à un indice de référence spécifique
À ne pas faire
- Ne pas revendiquer des exclusions sans cohérence : une stratégie d’exclusions doit reposer sur des critères définis et appliqués de manière systématique.
- Ne pas surestimer l’ambition : éviter de qualifier des exclusions de « avancées » ou « supérieures à la moyenne » si les seuils permettent encore une exposition significative aux activités exclues.
- Ne pas se fier aux apparences : un langage de durabilité fort associé à un impact négligeable sur le portefeuille est une source fréquente de risque de greenwashing.
Dans tous les cas, n’oubliez pas de suivre le cadre TRUE:

Le point clé pour les communications
L’ESMA ne remet pas en cause la légitimité de l’intégration ESG ou des exclusions. Ce qu’elle remet en question, c’est l’imprécision.
Pour les équipes de communication et d’affaires publiques :
- Expliquer comment fonctionnent les stratégies ESG, pas seulement qu’elles existent
- Être explicite sur les limites et les compromis
- Se rappeler que la clarté protège à la fois la crédibilité et la croissance.
Dans l’environnement actuel, l’ambiguïté n’est plus neutre. La manière dont les stratégies ESG sont communiquées peut soit renforcer la confiance, soit l’éroder silencieusement.
