Les ambitions du Canada
Le cercle vertueux de l’investissement

Le Canada a des plans ambitieux pour reconstruire ses infrastructures de défense, de logement et d’énergie tout en renforçant sa souveraineté, comme en témoigne le Budget 2025 – Un Canada fort. Le gouvernement vise à créer un « cercle vertueux d’investissement et de croissance économique ».
Au cours des cinq prochaines années, des investissements publics directs en capital de 280 milliards de dollars canadiens devraient catalyser 500 milliards de dollars supplémentaires d’investissements du secteur privé, entraînant une croissance du PIB supérieure de 3,5 % à ce qu’elle aurait été autrement.
Le gouvernement estime qu’en réorientant les dépenses vers des investissements favorisant la croissance économique, en réduisant les dépenses publiques de fonctionnement et en mobilisant l’investissement du secteur privé, il sera possible d’atteindre 1 000 milliards de dollars d’investissements totaux sur cinq ans. Pour faciliter cette approche, un Bureau des grands projets a été créé afin de rationaliser et d’accélérer la prise de décision pour les projets de « bâtisseurs de la nation ».
Le Canada a des plans ambitieux pour reconstruire ses infrastructures de défense, de logement et d’énergie tout en renforçant sa souveraineté, comme le reflète le Budget 2025 – Un Canada fort. Le gouvernement cherche à créer un « cercle vertueux d’investissement et de croissance économique ».
Au cours des cinq prochaines années, des investissements publics directs en capital de 280 milliards de dollars canadiens catalyseraient 500 milliards de dollars supplémentaires d’investissements du secteur privé, se traduisant par une croissance du PIB supérieure de 3,5 % à ce qu’elle aurait été autrement.
Le gouvernement s’attend à ce qu’en réorientant les dépenses vers des investissements qui stimulent la croissance économique, en réduisant les dépenses publiques de fonctionnement et en catalysant l’investissement du secteur privé, il soit possible d’atteindre 1 000 milliards de dollars d’investissements totaux sur cinq ans. À cette fin, un Bureau des grands projets a été créé afin de rationaliser et d’accélérer la prise de décision pour les projets de « construction nationale ».
Consultation des peuples autochtones : un élément clé à prendre en compte
Les investisseurs doivent garder à l’esprit qu’un élément central du processus — et une exigence légale — est le devoir de consulter les peuples autochtones, même si la nature concrète de cette consultation peut varier selon les parties concernées.
L’École de politiques publiques de l’Université de Calgary souligne que : « Les tribunaux canadiens ont statué à plusieurs reprises que la Couronne a l’obligation de consulter les peuples autochtones lorsqu’elle approuve ou façonne des projets de développement des ressources situés sur leurs terres ou susceptibles de porter atteinte à leurs droits. Toutefois, le devoir de consulter n’a pas la même signification pour les peuples autochtones, les gouvernements et l’industrie. »
Le gouvernement canadien doit également améliorer ses relations avec certains groupes autochtones. L’actualité récente illustre une fois de plus les décalages persistants en matière de consultation. À la fin de novembre, le gouvernement fédéral et la province de l’Alberta ont signé un protocole d’entente ouvrant la voie à un projet de pipeline vers la côte de la Colombie-Britannique. Des Premières Nations côtières ont exprimé des préoccupations à l’égard du projet. Le Globe and Mail a même rapporté que des conseillers autochtones du Bureau des grands projets (MPO) du gouvernement n’avaient pas été informés de l’entente, illustrant les défis auxquels font face de tels projets d’infrastructure. Ce protocole d’entente, qui prévoyait la suspension de la mise en œuvre proposée du plafond d’émissions du secteur pétrolier et gazier, a conduit à la démission d’un membre du Cabinet, Steven Guilbeault, environnementaliste de longue date qui avait auparavant occupé le poste de ministre de l’Environnement et du Changement climatique sous le gouvernement Trudeau.
Niveaux d’investissement actuels
Pour comprendre l’ampleur de l’écart de financement, il est utile d’examiner les niveaux actuels d’investissement en infrastructures. Selon Statistique Canada, les dépenses totales en capital des entreprises et des administrations publiques en 2024 — incluant la construction d’ouvrages (aéroports, routes, etc.), l’achat d’équipements (locomotives, turbines, etc.) et les améliorations apportées aux installations existantes — ont atteint 136,5 milliards de dollars canadiens. Ce montant représente l’investissement combiné des secteurs public et privé dans des actifs productifs ayant une utilité sur plusieurs années.
Au sein de ce total, les investissements dans les technologies environnementales et propres se sont élevés à 4,7 milliards de dollars canadiens en 2024, soit 3,4 % de l’ensemble des investissements en infrastructures.
Contexte de la dette
Les ambitions du gouvernement se traduisent par des besoins d’emprunt plus élevés, bien que cette situation ne soit pas propre au Canada. Selon Fitch Ratings, la dette des administrations publiques des économies avancées devrait dépasser 71 000 milliards de dollars américains (105 % du PIB) d’ici la fin de 2025, contre 28 000 milliards de dollars américains en 2007 (68 % du PIB).
Le gouvernement canadien prévoit que les émissions brutes d’obligations domestiques augmenteront pour atteindre 316 milliards de dollars canadiens au cours de l’exercice en cours, contre 241 milliards de dollars canadiens en 2024-2025.
Toutefois, BlackRock souligne dans ses Perspectives mondiales 2026 que la position budgétaire du Canada est plus solide que celle des États-Unis, bien que ses perspectives de croissance soient plus modestes, ce qui devrait contribuer à ancrer les rendements à long terme. Même si le budget de 2025 représente un risque pour cette trajectoire, BlackRock privilégie les obligations d’État canadiennes à long terme par rapport aux bons du Trésor américains.
Qu’il s’agisse de financement public ou de projets de construction nationale nécessitant des investissements privés, le Canada offre des occasions, mais non sans défis pour l’investissement durable.
Qu’est-ce qui rend le Canada attrayant pour les investisseurs?
es tendances attendues dans la gestion d’actifs sont, à première vue, favorables au Canada. PwC estime que les actifs mondiaux sous gestion atteindront 200,4 billions de dollars américains d’ici 2030, dont 54 % en Amérique du Nord, soit environ 108 billions de dollars américains. En principe, cette dynamique devrait être positive pour le Canada.
L’analyse quantitative 2025 de l’enquête Morningstar Voice of the Asset Owner montre également que quatre propriétaires d’actifs sur dix réduisent ou prévoient de réduire leur exposition aux actifs américains, en partie en raison des risques politiques.
Le premier ministre Mark Carney a d’ailleurs cité la « primauté du droit » comme l’un des avantages d’investir au Canada.
La stabilité politique comme argument de vente
Dans un contexte de plus grande instabilité de la politique américaine, la réputation du Canada en matière de stabilité institutionnelle pourrait faire la différence. Selon l’enquête Natixis Global 2026 Institutional Outlook, la géopolitique arrive désormais en tête des menaces économiques perçues par les gestionnaires d’actifs institutionnels : 73 % à l’échelle mondiale estiment que le dysfonctionnement politique constitue une menace croissante pour la stabilité des marchés. Une bulle technologique (43 %), une récession (33 %) et une crise gouvernementale (33 %) figurent également parmi les principales préoccupations.
L’enquête révèle que 63 % des répondants estiment que la politisation des institutions américaines affaiblira l’attrait des actifs américains pour les investisseurs.ons will weaken the investment case for U.S. assets.
Intérêt pour les actifs alternatifs
Du point de vue des classes d’actifs, 65 % des répondants estiment qu’un portefeuille composé de 60 % d’actions, 20 % d’obligations et 20 % d’actifs alternatifs surperformera le portefeuille traditionnel 60/40 actions-obligations.
Cette popularité des actifs alternatifs pourrait jouer en faveur du Canada, non seulement dans le cadre de la reconstruction de ses infrastructures par des projets de « construction nationale », mais aussi en tant que pays du G7 riche en ressources. Selon l’enquête de Natixis, 63 % des gestionnaires d’actifs institutionnels considèrent les terres rares comme un nouvel enjeu de sécurité énergétique. Or, le Canada détient certaines des plus importantes réserves et ressources connues de métaux rares au monde.
Tendances de l’investissement en infrastructures
L’enquête de Natixis montre qu’au sein des actifs alternatifs, les investissements privés dominent, menés par le capital-investissement (31 % des répondants à l’échelle mondiale), le crédit privé (17 %), l’immobilier (16 %) et les infrastructures (14 %). En Amérique du Nord, ces proportions sont respectivement de 33 %, 20 %, 11 % et 15 %.
Selon l’enquête, le secteur des infrastructures se situe « au carrefour de trois mégatendances mondiales qui façonneront les occasions d’investissement », dont la résilience des chaînes d’approvisionnement et l’intelligence artificielle. À titre d’exemple, BlackRock cible des entreprises canadiennes de taille intermédiaire qui ont besoin de capital pour se numériser ou se consolider.
« Dans les secteurs clés qui alimentent la plus forte croissance, qu’il s’agisse de l’énergie ou des infrastructures numériques, le Canada et les États-Unis devraient jouer un rôle très important à l’avenir », a déclaré Brandon Freiman, responsable des infrastructures nord-américaines chez le géant américain du capital-investissement KKR, dans une entrevue accordée au Globe and Mail.
Le Canada attire également l’attention de l’Australie. Le gestionnaire de fonds IFM Investors, l’un des plus grands investisseurs mondiaux en infrastructures, a récemment annoncé son expansion au Canada, où il gère 14,4 milliards de dollars canadiens d’actifs.
Cela dit, l’enquête de Natixis indique que l’intention d’investir dans les infrastructures est la plus forte en Amérique latine et la plus faible en Amérique du Nord.
Les minéraux critiques comme actif stratégique
L’importance stratégique de la position du Canada en matière de minéraux critiques a été mise en évidence en décembre, lorsque le gouvernement canadien a approuvé la fusion entre Teck Resources Ltd. et la société britannique Anglo American PLC. Plusieurs autorisations réglementaires demeurent toutefois nécessaires dans différentes juridictions.
Cette transaction positionne le Canada comme un acteur clé de la chaîne d’approvisionnement mondiale de la transition énergétique. Pour les investisseurs en infrastructures et en capital-investissement, cela signale un potentiel de déploiement accru de capitaux dans le secteur des minéraux critiques.
Investissement durable : une réalité complexe
Les investissements mondiaux dans la transition énergétiquesition Investments
Au-delà de l’IA et des infrastructures de chaînes d’approvisionnement, l’enquête de Natixis montre que la troisième grande occasion liée aux infrastructures concerne la transition énergétique.
Les nouvelles sont globalement positives. Selon la Climate Policy Initiative (CPI) et l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, les investissements mondiaux dans les technologies de transition énergétique ont atteint un sommet historique de 2,4 billions de dollars américains en 2024, en hausse de 20 % par rapport à 2022-2023. Cette croissance a été menée par des technologies matures : énergies renouvelables, efficacité énergétique, réseaux électriques et transports électrifiés. Bien que les investissements dans les technologies émergentes aient ralenti, le stockage par batteries a connu une croissance robuste. L’Amérique du Nord et l’Océanie représentent 15 % de ces investissements, dominés par les États-Unis, l’Australie et le Canada.
Le Canada est le deuxième producteur mondial d’hydroélectricité, et la construction d’un réseau d’électricité propre fait partie des priorités de dépenses en capital du gouvernement. Le pays dispose clairement d’atouts pour évoluer vers la prochaine génération énergétique.
De fait, les infrastructures d’énergie propre et de gestion des déchets au Canada figurent parmi les secteurs suscitant un « intérêt très élevé et continu » de la part de l’équipe infrastructures du gestionnaire suédois EQT, aux côtés des infrastructures numériques et de l’intelligence artificielle.
Les défis de la finance durable
Des défis subsistent néanmoins pour l’investissement durable, indépendamment du fait que le Canada figure parmi les principaux producteurs mondiaux de pétrole.
Les gestionnaires d’actifs interrogés par Natixis perçoivent majoritairement davantage d’occasions en Europe, en Asie et en Amérique latine en matière de transition énergétique. L’appétit pour les obligations vertes est également le plus faible en Amérique du Nord : seulement 10 % des répondants prévoient d’augmenter leur allocation, contre 48 % en Amérique latine et 31 % à l’échelle mondiale.
Cela dit, les investisseurs institutionnels continuent d’intégrer les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), tant pour la gestion des risques que pour les rendements.
Le rapport 2025 de l’Association pour l’investissement responsable sur les tendances canadiennes en investissement responsable indique que 96 % des propriétaires et gestionnaires d’actifs institutionnels canadiens intègrent les facteurs ESG, représentant 87 % des actifs sous gestion.
Cependant, le rapport de Natixis montre que l’intention d’investissement ESG et durable est nettement plus forte hors de l’Amérique du Nord : seulement 19 % des répondants nord-américains prévoient d’accroître ce type d’investissement, contre 77 % en Amérique latine.
Le recul des émissions de dette durable
Comme l’a souligné Sustainable Fitch dans son rapport de novembre sur la finance durable aux États-Unis et au Canada, « le marché nord-américain de la finance durable a connu une année difficile, les émissions de dette labellisée ayant fortement diminué ». Fitch cite notamment des changements de politiques et une incertitude qui relèguent au second plan les initiatives environnementales et sociales.
Les émissions ont reculé de 42 % au cours des neuf premiers mois de 2025 par rapport à la même période l’année précédente. Même pour les obligations vertes – socle du marché nord-américain de la dette durable – les émissions ont diminué. issuance decreased.
« Nous pensons que cela reflète une prudence accrue et des retards dans le financement de projets verts », indique le rapport, dans un contexte de surveillance renforcée.
Au Canada, la baisse a été d’environ 56 %, pour atteindre 8,7 milliards de dollars américains. Selon Sustainable Fitch, les obligations vertes, qui représentent plus de 80 % du marché canadien de la dette labellisée en valeur, ont reculé de 47 %. Aucune autre émission labellisée non verte n’a été enregistrée, à l’exception d’une émission marginale de 3 millions d’euros par la Banque Nationale du Canada.
L’agence de notation souligne également le caractère concentré du marché canadien de la dette par rapport aux États-Unis, dominé par les institutions financières et les fonds de pension canadiens.
La Banque du Canada elle-même a pris note de la lassitude liée au « greenium » pour les obligations gouvernementales.
La fatigue de la prime verte
Dans son résumé des consultations sur la stratégie de gestion de la dette menées en septembre et octobre 2025 auprès des investisseurs et des acteurs du marché, la Banque du Canada indique que les investisseurs intégrant les facteurs ESG « sont moins enclins qu’auparavant à payer un ‘greenium’ important lors de l’émission ».nce. »
« De même, les investisseurs traditionnels sans mandat d’investissement vert dédié sont réticents à payer une prime pour acquérir ces titres », ajoute le résumé.
Les fonds de pension
L’horizon de long terme des fonds de pension pourrait soutenir l’investissement au Canada. Un rapport de la CPI sur l’état de la transition climatique des fonds de pension de l’OCDE montre que ces derniers progressent dans la définition et la mise en œuvre de leurs objectifs climatiques.
Cela dit, des « lacunes importantes » subsistent, notamment en ce qui concerne les cibles d’investissement climatique. Le rapport souligne également que les pays de l’OCDE disposant de lignes directrices réglementaires claires pour les fonds de pension « définissent et mettent en œuvre le plus grand nombre d’objectifs ». Les Pays-Bas, le Danemark et le Royaume-Uni figurent parmi les chefs de file.
Le Canada ? Il fait mieux que les États-Unis. Mais les États-Unis se situent au bas du classement en matière d’intégration obligatoire des risques climatiques.
Le Canada n’a pas encore livré sa taxonomie verte et de transition, attendue pour la fin de 2026. Le gouvernement prévoit également de retirer de la Loi sur la concurrence les dispositions relatives aux allégations d’écoblanchiment ainsi que la possibilité pour des tiers de saisir directement le Tribunal de la concurrence pour des plaintes en matière d’écoblanchiment.
Par ailleurs, en ce qui concerne l’influence des propriétaires d’actifs sur les gestionnaires afin de générer un impact climatique, le rapport de la CPI note que « les fonds européens surpassent systématiquement leurs pairs en matière de politiques d’intendance et de divulgation, tandis que de nombreux fonds nord-américains accusent un retard, souvent en raison de contraintes juridiques ou politiques liées à l’intégration de l’ESG ».
