Les entreprises confrontées à un engagement des investisseurs sur les enjeux liés à la nature perçoivent ces interactions comme génératrices de valeur et comme un moteur de transformation stratégique, selon un rapport sur les perceptions des risques liés à la nature publié par l’European Corporate Governance Institute (anglais seulement).
Une enquête mondiale menée auprès de 385 entreprises révèle que lorsque les investisseurs abordent les questions de biodiversité et de services écosystémiques, les conseils d’administration et les équipes de direction écoutent réellement et agissent.
Pourtant, les entreprises s’attendent à ce que les investisseurs continuent de privilégier le climat par rapport à la nature, même si « beaucoup estiment que ces deux enjeux sont tellement imbriqués qu’ils ne peuvent être dissociés ».
Cette perception renvoie, selon moi, à un problème qui réduit l’efficacité des approches en matière de durabilité dans la pratique. La durabilité a en effet souvent été abordée en silos d’expertise : la transition était centrée sur l’environnement et le climat avant l’émergence de la transition juste. De même, dans les facteurs sociaux, la DEI tend encore à dissocier la race, l’âge, le genre et d’autres dimensions, alors qu’aucune ne peut être réellement efficace sans une approche intersectionnelle. Le résultat est souvent que des groupes sont opposés les uns aux autres, par exemple, les jeunes contre les plus âgés, alors que toute la valeur réside dans la connexion entre les générations..
L’impact causal de l’engagement
Pendant des années, il a été difficile de prouver si les rencontres avec les investisseurs provoquaient réellement des changements dans les entreprises ou si elles coïncidaient simplement avec des actions déjà en cours. Le rapport vient appuyer l’existence d’un lien causal.
- Évolution des décisions stratégiques : alors que 35 % de l’ensemble des entreprises interrogées indiquent que l’engagement a influencé leurs décisions stratégiques ou opérationnelles, ce chiffre atteint 56 % pour celles ayant directement interagi avec des investisseurs.
- Adoption des meilleures pratiques : les entreprises attribuent à ces interactions la mise en place de stratégies formelles de durabilité et l’alignement de leurs divulgations sur celles des leaders du secteur.
- Amélioration de la divulgation et de la gestion des risques : les entreprises influencées par l’engagement sont de 20 à 30 points de pourcentage plus susceptibles de réaliser des évaluations de dépendance à la nature, de mettre en œuvre des plans de gestion des risques et de publier des informations.
L’influence interne de la voix des investisseurs
L’engagement ne se limite pas à une pression externe : il influence les dynamiques internes des entreprises. Les entreprises considèrent ces interactions comme génératrices de valeur, 73 % de celles qui y participent activement déclarant des bénéfices pour leur activité.
- Levier interne : pour 28 % des entreprises, l’intérêt des investisseurs sert à renforcer l’importance des enjeux liés à la nature en interne. Il offre aux équipes de durabilité le « levier politique » nécessaire pour promouvoir des investissements internes et des actions au niveau du conseil d’administration.
- Identification des angles morts : un tiers (33 %) des entreprises valorisent l’engagement car il apporte un regard externe et aide à identifier des « angles morts » dans leur gestion des risques.
- Compréhension des préférences : l’engagement permet aux entreprises (17 %) de mieux comprendre les préférences spécifiques de leurs actionnaires en matière de nature et leur permet (12 %) d’expliquer leurs stratégies de résilience à long terme dans un cadre plus large que les seuls rendements financiers immédiats.
Le facteur réputationnel
L’effet réputation constitue un canal majeur par lequel les risques liés à la nature peuvent entraîner des conséquences financières pour une entreprise : 20 % des entreprises exposées aux risques de transition liés à la nature classent les effets réputationnels ou une perte potentielle de leur « licence d’exploitation » parmi les deux principaux modes de matérialisation financière de ces risques. Au-delà de son impact direct sur les entreprises, la réputation est également un moteur clé du comportement des investisseurs : la moitié des entreprises interrogées estiment que les préoccupations réputationnelles constituent une motivation principale pour l’engagement des investisseurs sur les enjeux liés à la nature.
Pour les entreprises exposées aux risques de transition, les principales sources d’impact financier lié à la nature proviennent de leurs propres produits et services (66 % les classent en tête), suivis des effets sur leurs opérations (59 %), des impacts liés aux chaînes d’approvisionnement (35 %), des effets réputationnels ou de la perte de la « licence d’exploitation » (20 %), et des changements dans la demande des investisseurs (15 %).
La persistance de l’« écart de valorisation »
Malgré cette influence stratégique, un décalage critique subsiste dans la manière dont ces risques sont quantifiés. Si 40% des entreprises estiment que les investisseurs prennent en compte les risques liés à la nature, moins de 25 % pensent que ceux-ci évaluent réellement leur impact sur des indicateurs fondamentaux tels que les flux de trésorerie ou le coût du capital.
Cela suggère que, si l’engagement contribue efficacement à des changements opérationnels et à une meilleure prise de conscience des risques, le marché en est encore à un stade « naissant » dans le développement de modèles quantitatifs robustes permettant d’intégrer la nature dans les valorisations financières.
Implication stratégique
Le risque lié à la nature est une réalité financièrement significative que 48 % des entreprises reconnaissent déjà comme importante pour leur activité. À mesure que les investisseurs considèrent de plus en plus la nature et le climat comme des crises « couplées » indissociables, la pression pour passer de la simple atténuation à une restauration active devrait s’intensifier.
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