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Comment l’émission mondiale de dette publique fait peser un risque baissier sur les perspectives d’inflation du Canada

Dans son Rapport sur la politique monétaire de juillet, la Banque du Canada a désigné le resserrement des conditions financières mondiales comme un risque clé à la baisse pour les perspectives d’inflation : « la forte expansion de l’émission de dette publique à l’échelle mondiale » pourrait faire grimper les rendements des obligations d’État à long terme, freinant ainsi la demande intérieure. La Banque avait déjà mis en avant ce risque dans son rapport de janvier.

Pour l’instant, les acteurs du marché ne s’attendent pas à une hausse marquée des rendements obligataires gouvernementaux, selon les résultats de l’Enquête auprès des participants au marché menée par la Banque du Canada du 25 juin au 3 juillet. L’enquête indique une prévision médiane du rendement des obligations canadiennes à 10 ans à 3,23 % à la fin de 2025 et à 3,25 % à la fin de 2026. La plus forte hausse est attendue pour le rendement à 5 ans, estimé à 2,78 % à la fin de 2025 et 2,90 % à la fin de 2026.

Cependant, compte tenu des nouvelles réalités commerciales mondiales, la réaction des gouvernements, des ménages et des entreprises a fait « l’objet de nombreuses discussions » lors de la réunion de politique monétaire du 30 juillet. Le procès-verbal de cette réunion indique que les décideurs ont débattu « de la mesure dans laquelle les dépenses de tous les ordres de gouvernement pourraient partiellement compenser la faiblesse des secteurs touchés par les tarifs ».

Dans un rapport publié le 14 août, le Directeur parlementaire du budget (DPB) a prévu que les dépenses d’amortissement du capital fédéral seraient supérieures de 7,1 milliards de dollars sur cinq ans aux estimations initiales, sans même tenir compte de l’engagement d’Ottawa à atteindre la cible de dépenses de défense de 5 % du PIB fixée par l’OTAN. Le DPB prévoit donc des déficits plus élevés que ceux anticipés dans les Perspectives économiques et budgétaires de mars 2025.

Le Canada ne fait pas exception. La hausse des dépenses de défense figure parmi les raisons pour lesquelles Fitch Ratings a révisé, le mois dernier, sa perspective mondiale sur les États souverains de « neutre » à « en détérioration ». Les coûts d’intérêt, les tendances démographiques, la faible croissance et les pressions sociales devraient maintenir les finances publiques des pays développés sous tension cette année.

Cela se traduira presque certainement par une augmentation de l’émission de dette publique, y compris au Canada, ce qui pourrait poser des défis en matière de gestion de la dette gouvernementale.

L’un des principaux défis réside dans la capacité des marchés à absorber cette offre croissante de titres. C’est une question que la Banque du Canada adressera aux distributeurs de titres et aux investisseurs institutionnels dans le cadre d’une prochaine consultation sur le programme de dette intérieure du pays :
« Dans un contexte où l’encours de la dette libellée en dollars canadiens augmente (p. ex. titres du gouvernement du Canada, titres provinciaux, obligations hypothécaires canadiennes et titres de fonds de pension), comment les courtiers et leurs clients absorbent-ils l’accroissement de l’offre de titres du gouvernement du Canada ? »

Un autre défi, déjà soulevé dans une étude antérieure de la Banque du Canada, découle de la participation accrue des fonds spéculatifs. Au cours des 15 dernières années, les hedge funds internationaux sont devenus des acteurs majeurs des adjudications de titres d’État canadiens, représentant désormais jusqu’à 40 % de certaines nouvelles émissions selon les échéances. Ce phénomène a un aspect positif : la présence accrue de fonds spéculatifs a contribué à maintenir de faibles coûts d’emprunt grâce à une concurrence accrue et à une meilleure liquidité du marché.

Le revers de la médaille est la vulnérabilité additionnelle liée au fait que la plupart de ces fonds sont internationaux et susceptibles de se retirer rapidement en cas de changement de conditions : « sans engagement organique envers le marché canadien, ils pourraient être plus enclins à se retirer lors d’un épisode de tension propre au Canada », ont noté les chercheurs de la Banque du Canada.

Les enjeux dépassent la sphère des finances publiques. Une hausse des rendements obligataires gouvernementaux se répercute généralement directement sur les coûts d’emprunt du secteur privé, touchant à la fois les ménages et les entreprises.

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