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Les tensions commerciales nuisent-elles davantage à l’économie canadienne qu’elles ne font grimper les prix?

Lorsque la Banque du Canada a maintenu son taux directeur inchangé pour la deuxième fois à 2,75 % lors de sa réunion du 4 juin, elle a expliqué avoir besoin de plus d’informations sur la politique commerciale américaine et son impact net sur l’inflation et la croissance avant de décider de son prochain mouvement.

La banque centrale a ajouté qu’elle avançait avec prudence et qu’elle n’était pas aussi prospective qu’à l’habitude, compte tenu de l’incertitude : elle évalue la situation au fur et à mesure.

Elle surveille particulièrement quatre domaines clés :

  1. Les exportations : dans quelle mesure les droits de douane américains réduisent-ils la demande pour les exportations canadiennes?
  2. Les retombées économiques : dans quelle mesure les pertes à l’exportation se répercutent-elles sur l’investissement des entreprises, l’emploi et les dépenses des ménages?
  3. La transmission des hausse de prix : dans quelle mesure et à quelle vitesse les hausses de coûts sont-elles répercutées sur les prix à la consommation?
  4. Les anticipations d’inflation : comment ces attentes évoluent-elles?

Voici ce que les données ont montré depuis le 4 juin.

1. Impact sur les exportations

Après une hausse liée à la constitution d’inventaires avant l’entrée en vigueur des tarifs, les exportations canadiennes vers les États-Unis ont chuté : -15,7 % en avril et -0,9 % en mai, les véhicules et pièces automobiles étant particulièrement touchés. La part des exportations vers les États-Unis est tombée à 68,3 % en mai, l’un des plus bas niveaux jamais enregistrés.

L’Enquête sur les perspectives des entreprises (EPE) du 2e trimestre de la Banque du Canada indique que les tarifs et l’incertitude continuent de peser lourdement sur les perspectives.

Les ventes manufacturières montrent qu’environ la moitié des fabricants ont été touchés par les tarifs, entraînant une baisse des ventes, notamment dans l’équipement de transport, les machines et les métaux de base. L’Ontario a connu le plus fort recul.

Les dernières menaces de Donald Trump d’imposer des tarifs de 35 % sur tous les produits canadiens à partir d’août si aucun accord n’est trouvé accroissent encore l’incertitude. Actuellement, les États-Unis imposent 25 % sur l’automobile et 50 % sur l’acier et l’aluminium.

Globalement, la faiblesse des exportations liées aux tarifs est évidente, mais attendue.

2. Retombées économiques

Le PIB du Canada s’est contracté de 0,1 % en avril et les indicateurs avancés pointent vers une nouvelle contraction de 0,1 % en mai. Le secteur manufacturier a reculé de 1,9 %, principalement dans l’automobile, en raison de l’incertitude.

Certains constructeurs automobiles avaient réduit leur production en raison des droits de douane.
Statistique Canada

La banque centrale s’attendait à ce que l’économie soit « considérablement plus faible au deuxième trimestre » après une performance plus forte qu’attendu au premier trimestre. Une contraction de -0,1 % correspond-elle vraiment à « considérablement plus faible », au point de justifier une baisse de taux alors que l’inflation de base demeure au-dessus de la cible? Probablement pas.

Marché de l’emploi

Le marché de l’emploi s’est révélé plus résilient qu’attendu, avec plus de 80 000 créations d’emplois en juin, même si la plupart étaient à temps partiel.

Le taux de chômage a reculé à 6,9 % en juin contre 7,0 % en mai. Toutefois, les préoccupations liées à la sécurité de l’emploi demeurent élevées dans les secteurs dépendants du commerce. De plus, les chercheurs d’emploi peinent à trouver de nouveaux postes.

Bien que l’emploi ait augmenté, plus d’un chômeur sur cinq (21,8 %) cherchait un emploi depuis 27 semaines ou plus en juin, contre 17,7 % en juin 2024.

Avec ce tableau mitigé, les ménages restent prudents dans leurs dépenses : les ventes au détail réelles ont reculé de 1,4 % en mai. L’Enquête canadienne sur les attentes des consommateurs (ECAC) de la Banque du Canada pour le 2e trimestre a également signalé que les « menaces persistantes de tarifs et l’incertitude connexe » freinent les intentions de dépenses. Les consommateurs deviennent plus prudents à l’égard des dépenses discrétionnaires en général.

Statistique Canada a indiqué que 32 % des détaillants ont été touchés par les tensions commerciales en mai, un chiffre en baisse par rapport à 36 % en avril. Ceux qui ont été touchés rapportent des impacts négatifs sur les ventes dans l’ensemble des sous-secteurs.

Dans l’Enquête sur les perspectives des entreprises (EPE) du 2e trimestre, les entreprises ont signalé un affaiblissement des attentes de ventes à court terme, lié à des effets de retombée plus larges : faiblesse des dépenses de consommation, faible activité immobilière et perspectives de ventes atones.

Investissement des entreprises

L’incertitude commerciale et les tarifs incitent certains employeurs à retarder leurs investissements.

La plupart des entreprises s’attendent à maintenir leurs effectifs actuels et à limiter leurs investissements à l’entretien régulier au cours des 12 prochains mois.
Enquête sur les perspectives des entreprises, T2

3. Transmission aux prix

L’incertitude entourant le commerce international exerce une pression à la hausse sur les prix.

L’indice global des prix à la consommation a augmenté de 1,9 % en juin après 1,7 % en mai. L’inflation de base demeure rigide et reste au-dessus de la cible de 2 % de la Banque du Canada. Les mesures de base de la banque se situent près du haut de la fourchette opérationnelle de 1 % à 3 %.

Les fabricants ont signalé des hausses de prix et des coûts accrus pour les matières premières, le transport et la main-d’œuvre en raison des tarifs. Les détaillants ont signalé des augmentations de prix et des perturbations des chaînes d’approvisionnement liées aux tensions commerciales. Les grossistes ont également cité la hausse des coûts comme impact commun.

Cela dit, la concurrence pousse encore les entreprises à absorber une partie de ces hausses dans leurs marges. Pour l’instant.

4. Anticipations d’inflation

À l’avenir, l’EPE a rapporté que 51 % des entreprises s’attendent à une inflation comprise entre 2 % et 3 % au cours des deux prochaines années.

L’ECAC montre que les consommateurs considèrent les tarifs comme inflationnistes. En fait, ils anticipent une forte hausse des prix des véhicules au cours des 12 prochains mois en raison des tarifs.

Dans l’ensemble, il existe bel et bien des preuves de l’impact des tarifs et de l’incertitude connexe sur l’inflation comme sur l’activité. Bien que la Banque du Canada ait clairement affirmé qu’elle « soutiendra la croissance économique », l’inflation de base persistante et une activité économique affaiblie mais pas « considérablement » limitent l’urgence d’une baisse de taux.

Ce portrait mitigé rend difficile de conclure si les tarifs nuisent davantage à l’économie canadienne qu’ils ne font grimper les prix. Étant donné que l’issue des négociations entre les États-Unis et le Canada ne sera pas connue d’ici le 30 juillet, la banque centrale pourrait préférer attendre.

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