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Le Canada peut-il réellement mobiliser 1 000 milliards de dollars d’investissements?

Pour réaliser son ambitieux programme de construction nationale, le gouvernement canadien espère mobiliser 1 000 milliards de dollars d’investissements sur cinq ans dans ce qu’il qualifie d’investissements historiques dans le logement, les infrastructures, la défense et la productivité.

Concrètement, Ottawa prévoit environ 280 milliards de dollars d’investissements publics sur cinq ans. Pour atteindre l’objectif de 1 000 milliards de dollars, une contribution importante du secteur privé sera donc nécessaire.

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Ce montant correspond d’ailleurs au flux net de sorties de capitaux qu’a connu le Canada au cours de la dernière décennie, estimé à 1 000 milliards de dollars par RBC. La banque a qualifié ce phénomène de « plus important exode de capitaux de l’histoire moderne du Canada ».

Selon RBC, le Canada pourrait débloquer jusqu’à 1,8 billion de dollars au cours de la prochaine décennie à condition d’adopter une nouvelle stratégie d’investissement reposant sur quatre piliers :

  • Un programme de recyclage d’actifs des projets existants vers les nouveaux projets;
  • Des politiques d’approvisionnement favorisant les projets de grande envergure;
  • Une réforme du régime d’imposition des sociétés et des règles encadrant l’investissement étranger;
  • Une meilleure mobilisation du capital public.

Le fonds souverain

Le gouvernement Carney cherche activement des moyens d’attirer davantage de capitaux privés. Il a récemment annoncé la création du premier fonds souverain de l’histoire du Canada, le Fonds Canada Fort, doté d’un capital initial de 25 milliards de dollars sur trois ans.

Sa mission consiste à soutenir la transformation économique du pays et à créer de la richesse pour les Canadiens, en leur donnant une « participation directe » dans le programme Bâtir le Canada.

Complémentaire à la Banque de l’infrastructure du Canada et à Exportation et développement Canada, le fonds prendra notamment des participations dans des projets stratégiques liés aux infrastructures, à l’énergie, aux mines et à la fabrication avancée.

Sommet canadien de l’investissement

Même avec le capital de départ fourni par l’État, les rendements potentiels, la croissance des actifs et la participation des investisseurs particuliers — dans le scénario le plus favorable où le fonds serait efficacement géré — le gouvernement devra trouver d’autres sources de financement, que ce soit pour acheter des obligations gouvernementales ou prendre des participations dans des projets.

Le premier ministre Mark Carney a déjà entrepris une tournée de séduction auprès des investisseurs étrangers et des gouvernements lors de ses déplacements internationaux. Son expérience en finance mondiale, en investissement et en banque centrale constitue un atout important lorsqu’il s’adresse aux milieux d’affaires internationaux (alors que son équipe continue de chercher ses repères auprès du public québécois).

Le gouvernement a également annoncé la tenue de son tout premier Sommet canadien de l’investissement, qui se déroulera les 14 et 15 septembre 2026 à Toronto.

Les plus grands investisseurs mondiaux, chefs d’entreprise, entrepreneurs et dirigeants d’affaires y sont conviés. Selon CBC, une centaine d’invitations ont été envoyées.

Le thème de l’événement est :

« Attirer de nouveaux investissements au Canada afin de faire avancer les projets de construction nationale, créer de nouvelles possibilités de carrière pour les Canadiens et stimuler la croissance économique. »

Même si toutes les réponses aux invitations étaient positives, le défi principal demeure le même : convaincre que les ambitions du Canada peuvent être accompagnées d’une capacité réelle d’exécution.

Des signaux encourageants

Comment le récit canadien est-il accueilli jusqu’à présent?

Au niveau des portefeuilles, les investisseurs étrangers ont ajouté 116,4 milliards de dollars de titres canadiens à leurs avoirs en 2025, après des acquisitions totalisant 193,3 milliards de dollars en 2024.

En 2025, la demande de titres canadiens a augmenté fortement au cours de la deuxième moitié de l’année, les acquisitions étrangères s’étant élevées à 139,2 milliards de dollars, ce qui a plus que compensé le désinvestissement cumulatif de 22,8 milliards de dollars enregistré au premier semestre – Statistique Canada.

L’investisseur mondial en infrastructures et régimes de retraite IFM Investors a annoncé en mars que « les bonnes orientations politiques » pourraient entraîner jusqu’à 10 milliards de dollars supplémentaires d’investissements au Canada au cours de la prochaine décennie.

Dans le secteur énergétique, le Canada a signé en mai son premier accord européen d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL).

En vertu de cette entente liée au projet Ksi Lisims LNG en Colombie-Britannique, l’entreprise publique allemande SEFE (Securing Energy for Europe) achètera un million de tonnes de GNL par année pendant une période pouvant atteindre 20 ans. Les livraisons devraient débuter au début des années 2030.

Selon Ressources naturelles Canada :« Cet accord constitue une étape importante vers la décision finale d’investissement pour Ksi Lisims LNG, un projet qui devrait attirer plus de 30 milliards de dollars d’investissements. ».

Le Canada dépasse les États-Unis comme destination privilégiée pour les infrastructures

D’autres signaux positifs proviennent du sondage Infrastructure Pulse – Printemps 2026, réalisé par Alvarez & Marsal en collaboration avec la Global Infrastructure Investor Association (GIIA).

Pour la première fois depuis la création du sondage en 2020, le Canada se classe au premier rang mondial des marchés les plus attrayants pour les investissements actuels et futurs dans les infrastructures, devant les États-Unis.

Le sentiment entourant la levée de capitaux pour des projets canadiens s’est également amélioré depuis le quatrième trimestre de 2025.

Les fonds d’infrastructure fermés ont levé près de 289 milliards de dollars américains en 2025, reflétant une amélioration du climat de financement au Canada, aux États-Unis, dans l’Union européenne et au Royaume-Uni – Sondage GIIA

Les investisseurs indiquent également vouloir accroître la part de capitaux propres qu’ils déploient au Canada au cours des douze prochains mois.

Toutefois, la discipline d’exécution des projets et les risques géopolitiques demeurent des facteurs déterminants dans les décisions d’investissement.

Pourquoi le Canada attire-t-il davantage les investisseurs?

  • Le programme de construction nationale
    La première place du Canada s’explique largement par l’arrivée d’un nouveau gouvernement et par le programme de construction nationale, qui marque un virage stratégique vers un développement économique axé sur les infrastructures.
  • Appui fédéral et provincial
    Les perspectives sont renforcées par 115 milliards de dollars d’investissements fédéraux en infrastructures ainsi que par les engagements renouvelés de plusieurs gouvernements provinciaux.
  • Simplification des processus
    La création d’un Bureau des grands projets chargé de superviser et d’accélérer les projets d’intérêt national a également contribué à améliorer la confiance des investisseurs.

Les obstacles à l’investissement

Malgré cet optimisme, plusieurs défis subsistent.

  • Incertitude sur les modèles de financement
    Le Canada, tout comme le Royaume-Uni, souffre d’un manque de clarté concernant les modèles de financement des projets.
  • Visibilité limitée du portefeuille de projets
    Les investisseurs déplorent également un manque de visibilité sur les projets à venir, une préoccupation plus importante au Canada qu’aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en Europe.
  • Préoccupations réglementaires
    Même si la perception générale demeure positive, plusieurs investisseurs considèrent encore le cadre réglementaire canadien comme peu attrayant, bien que dans une moindre mesure que celui des États-Unis ou du Royaume-Uni.

Les tensions du crédit privé pourraient se répercuter sur le Canada

Le sondage de la GIIA souligne également que l’instabilité des marchés du crédit privé pourrait compromettre certaines transactions.

De nombreux répondants ont indiqué :

Les incertitudes liées à l’inflation, aux prix de l’énergie et aux chaînes d’approvisionnement ont accru les risques baissiers, tandis que l’instabilité des marchés du crédit privé pourrait compliquer le financement des projets.

Le crédit privé pourrait-il freiner les investissements?

Dans son plus récent Rapport sur la stabilité financière, la Banque du Canada met en garde contre certaines vulnérabilités du marché du crédit privé, soit les prêts négociés directement entre emprunteurs et prêteurs non bancaires.

La Banque souligne notamment :

  • Un manque de transparence
    Le crédit privé est beaucoup moins transparent que les marchés publics, ce qui complique l’évaluation des normes de souscription et des risques accumulés;
  • Un manque d’expérience en période de crise
    Ce marché n’a jamais véritablement été testé lors d’une récession majeure;
  • Des signes de tension émergents
    Certaines préoccupations liées à l’intelligence artificielle ont déjà provoqué un élargissement marqué des écarts de crédit sur les prêts à effet de levier destinés au secteur des logiciels ainsi que des retraits de capitaux de certains fonds exposés.

Dans son Enquête sur le système financier, la Banque du Canada identifie trois principaux risques :

  1. Les risques économiques et politiques internationaux;
  2. Les risques externes;
  3. Les risques liés à l’évaluation des actifs.

Toutefois, les marchés privés figurent désormais parmi les nouveaux risques surveillés activement par les experts interrogés.

Certains répondants ont également soulevé des préoccupations concernant l’illiquidité.

Les investisseurs dans les marchés privés éprouvent de plus en plus de difficultés à vendre leurs positions ou à retirer leurs capitaux des fonds de crédit privé. Cette situation pourrait les obliger à vendre davantage d’actifs cotés en bourse pour obtenir des liquidités, exerçant ainsi une pression sur les valorisations et la liquidité des marchés publics.

Le risque est que ces tensions mondiales finissent par se transmettre au Canada.

Les risques liés à l’acceptabilité sociale

Le gouvernement a progressivement abandonné plusieurs politiques climatiques de l’ère Trudeau afin de mettre davantage l’accent sur le développement économique et l’exploitation des ressources naturelles.

Cette réorientation est telle que Steven Guilbeault, militant environnemental de longue date et figure du Parti libéral, a décidé de quitter la politique après avoir quitté le cabinet en novembre 2025.

À la suite de cette annonce, Mark Carney a simplement réagi :

« C’est la vie. »

Une réponse qui laissait peu de doute quant à sa volonté de privilégier le développement économique même au prix de certaines tensions avec le mouvement environnemental.

La question des consultations avec les communautés autochtones demeure également sensible et suscite des positions parfois divergentes, y compris au sein des Premières Nations elles-mêmes.

Ensemble, ces enjeux constituent un risque réel pour l’exécution des projets et, ultimement, pour la capacité du Canada à transformer ses ambitions d’investissement en réalisations concrètes.

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