Au Canada, beaucoup ont intégré l’idée qu’« ici, c’est différent ». Et c’est vrai. Comme dans tous les pays. Mais lorsqu’on partage une frontière de 8 890 km avec une superpuissance — la plus longue frontière internationale au monde — certaines perceptions et certaines pratiques finissent inévitablement par traverser la frontière. C’est précisément ce que met en évidence une récente enquête d’Abacus Data sur le Precarity Mindset.
Dans les deux pays, une majorité estime que le gouvernement ne les protégera pas contre les grands chocs économiques, tandis que plus de la moitié pensent que le système économique et politique est truqué contre les citoyens ordinaires.
Abacus Data
L’enquête montre que 57 % des Canadiens estiment que le système est truqué contre eux, davantage que les 53 % d’Américains qui partagent ce sentiment. Dans les deux pays, 56 % ne s’attendent pas à ce que leur gouvernement les protège contre les chocs économiques, et 39 % considèrent que l’IA et l’automatisation menacent leurs moyens de subsistance.
Sentiment de précarité répandu
Abacus Data a interrogé 1 500 Canadiens et 1 500 Américains du 9 au 11 juin. L’étude conclut qu’au-delà du simple pessimisme ou des difficultés financières, c’est un véritable sentiment de précarité qui domine dans les deux pays.
Voici comment Abacus Data définit la précarité :
La précarité est le sentiment que le sol sous les pieds des gens est devenu instable.
Concrètement, cela se traduit ainsi :
- 61 % pensent qu’ils ne pourront pas atteindre le niveau de stabilité qu’ont connu leurs parents en raison notamment du coût du logement, un taux nettement supérieur à celui observé aux États-Unis (48 %).
- 67 % des Canadiens disent qu’il est difficile de faire des projets à long terme, soit plus de 10 points de pourcentage au-dessus des 55 % observés aux États-Unis.
- 64 % se sentent financièrement vulnérables en raison des changements économiques, contre 55 % des Américains.
La précarité alimente les divisions
Cet état d’esprit rend les sociétés plus vulnérables aux divisions. Le lien entre le sentiment d’injustice et le populisme — le récit opposant « le peuple » à « une élite corrompue » — est d’ailleurs bien documenté:
- Une étude de 2025 fondée sur les données de l’International Social Survey Programme (ISSP) et des expériences menées au Danemark, en Allemagne et en Italie conclut que la perception des inégalités accroît de manière causale les attitudes populistes.
- La revue publiée par Van den Bos en 2020 dans Annual Review of Psychology montre que le sentiment de privation collective, les symboles d’injustice et les expériences de traitement inéquitable alimentent aussi bien les radicalisations musulmanes que celles de droite et de gauche.
- Une étude de 2019 sur les inégalités économiques et le populisme conclut que les inégalités réduisent la confiance et la cohésion sociale, accentuent la perception de menaces entre groupes et renforcent les identités nationalistes ensuite exploitées par les dirigeants populistes pour désigner des boucs émissaires.
La géopolitique ne devrait pas rester confinée à la fonction Affaires gouvernementales
C’est dans cet environnement que gouvernements et entreprises évoluent. Limiter la compréhension de ce contexte aux seules équipes des affaires publiques et gouvernementales accroît le risque de déconnexion avec les autres fonctions de l’organisation, notamment les communications. La raison est simple : la géopolitique exerce désormais une influence de plus en plus directe sur les décisions d’affaires.
La dernière Enquête sur les perspectives des entreprises de la Banque du Canada, publiée le 6 juillet, l’illustre clairement :
Les perspectives de ventes se sont légèrement affaiblies, reflétant un ralentissement des dépenses des entreprises et des consommateurs lié à la hausse des coûts de l’énergie ainsi qu’à l’incertitude géopolitique accrue au Moyen-Orient. — Enquête sur les perspectives des entreprises de la Banque du Canada (T2)
Les consommateurs freinent leurs dépenses
Du côté des consommateurs et des employés, la hausse du coût de la vie – alimentée en partie par les tensions géopolitiques – influence directement les décisions de consommation et d’épargne.
L’Enquête sur les attentes des consommateurs de la Banque du Canada au deuxième trimestre, complémentaire à l’enquête auprès des entreprises, montre elle aussi l’impact direct de la géopolitique :
Les préoccupations liées à la hausse des prix et à l’incertitude économique continuent de freiner les intentions de dépenses des consommateurs. Les attentes de dépenses sont plus faibles chez les ménages qui croient que la guerre au Moyen-Orient entraînera une forte hausse de l’inflation. — Enquête sur les attentes des consommateurs de la Banque du Canada
Les employés revoient leurs priorités
Les consommateurs sont aussi des employés.
Au Canada, l’Employee Savings Survey 2026 de Benefits Canada, publiée en avril 2026, montre que les priorités financières continuent d’évoluer sous l’effet de l’incertitude et du coût élevé de la vie. Plus révélateur encore, le rapport parle d’un véritable « recalibrage » des attentes des employés : « Cette année a été marquée par une baisse importante du montant que les participants estiment devoir avoir épargné au moment de leur retraite : environ 976 835 $, contre près de 1,4 million de dollars en 2023, 2024 et 2025. »
Le même phénomène est observé aux États-Unis. Selon le NFP U.S. Retirement Trend Report 2026, 46 % des employés relèguent l’épargne-retraite au second plan ou sont incapables d’épargner.
Aujourd’hui, les sommes destinées à la retraite sont directement en concurrence avec les dépenses essentielles comme le logement, le transport et l’alimentation. – NFP
Selon le Schroders U.S. Retirement Survey 2026, 33 % des employés participant à un régime de retraite au travail ont davantage de dettes de carte de crédit que d’épargne-retraite.
69 % des participants estiment que la hausse des coûts des soins de santé, des services publics, des assurances et du logement rend la retraite hors de portée pour leur génération. — Schroders
Toutes ces enquêtes montrent que les décisions des employés sont désormais directement influencées par la géopolitique.cs.
Les investisseurs observent aussi la manière dont les entreprises gèrent les risques géopolitiques
Investors, another key stakeholders for businesses, are also expressing the importance of how businesses handle their geopolitical risk and watching whether their long-term value story makes sense.
Une récente enquête de McKinsey révèle qu’une « majorité des répondants affirment que la géopolitique sera l’un des principaux facteurs influençant leurs décisions d’investissement en 2026 ».
Plus encore, avant même l’inflation et les tarifs douaniers, les investisseurs considèrent que le principal risque est que les marchés sous-évaluent les risques géopolitiques.
Voici ce que cela implique pour les dirigeants :
La perception d’une sous-évaluation des risques a des conséquences concrètes pour les dirigeants d’entreprise. Les investisseurs qui estiment qu’un risque est sous-évalué sont particulièrement attentifs à l’exposition des entreprises. Ils seront davantage enclins à faire confiance aux équipes de direction qui expliquent clairement leur stratégie concernant les répercussions des tarifs douaniers, la résilience des chaînes d’approvisionnement et la concentration géographique de leurs revenus. – McKinsey
La géopolitique n’est pas qu’une affaire d’affaires publiques
Le constat est simple : la géopolitique est désormais un enjeu d’affaires qui influence directement les décisions dans l’ensemble de l’organisation, plus que jamais auparavant. Pourtant, les organisations, publiques comme privées, continuent de fonctionner en silos en séparant les différentes spécialités des communications.
C’était déjà vrai il y a dix ans. Avec l’arrivée de l’IA — et plus particulièrement de l’IA agentique, capable de mobiliser des informations provenant de toutes les fonctions de l’organisation — cette approche est encore moins adaptée.
L’IA permet désormais de mettre en place de véritables écosystèmes. Pourtant, les mentalités restent souvent prisonnières d’une logique linéaire et de structures organisationnelles cloisonnées.
Le moment est venu de repenser les interactions entre les disciplines et les fonctions. Car la valeur se crée dans les connexions, tandis qu’elle se perd dans les silos.
Votre organisation est-elle en train de se reconfigurer pour l’avenir?
Contactez-nous : yperspective.ca
