Les résultats des grandes banques canadiennes dépassent les attentes pour certaines, et la plupart augmentent leurs dividendes. Mais toutes détiennent des coussins de liquidité largement supérieurs aux exigences réglementaires. Cela pourrait-il en réalité rendre le système moins sûr?
La Banque Scotia affiche un ratio de liquidité à court terme (LCR) de 128 %, la RBC est à 127 %, la Banque Nationale à 173 %, la CIBC à 132 %, et TD à 138 %. Ces ratios reflètent la capacité des banques à survivre à une crise financière de 30 jours grâce à des actifs liquides de grande qualité. Un tableau globalement rassurant.
La réglementation de la liquidité pourrait-elle rendre le système moins sûr?
Pourtant, une note analytique du personnel de la Banque du Canada met en lumière les « conséquences involontaires de la réglementation de liquidité », suggérant de réduire la dépendance à ces exigences tout en resserrant les exigences en capital pour améliorer la stabilité financière.
Une réglementation stricte de la liquidité pousse les banques à détenir davantage d’actifs sûrs, ce qui accroît leurs besoins de financement. Elles doivent alors offrir des taux plus élevés sur les dépôts de gros, ce qui érode leur rentabilité et les rend moins attrayantes pour les marchés boursiers.
« Lorsque les régulateurs bancaires ne tiennent pas compte de cette externalité, la réglementation de liquidité devient excessive et nuit à la rentabilité des banques à un point qui est socialement nuisible », indique la note. Les banques peinent alors à lever du capital et à maintenir les coussins de capital nécessaires pour se protéger contre l’insolvabilité.
La conclusion du document devrait inciter les régulateurs à la prudence : « Lorsque des règles de liquidité destinées à rendre une banque plus sûre sont imposées à l’ensemble des banques, le système bancaire dans son ensemble peut potentiellement devenir moins sûr. »
Il suggère que réduire d’un tiers les avoirs en actifs sûrs des banques, tout en augmentant les ratios de capital de seulement 50 points de base, pourrait réduire la fréquence des crises financières. « L’implication pour les politiques est que les outils de réglementation de liquidité, tels que le LCR, devraient être calibrés. »
Le Canada et d’autres pays se sont empressés de renforcer la résilience dans différentes parties de l’économie au moyen de divers outils, la réglementation en étant un. En suivant la logique du document, des banques mieux capitalisées malgré des métriques de liquidité plus faibles pourraient absorber des pertes et continuer de prêter pendant les ralentissements, ce qui contribuerait à renforcer la résilience.
La note est publiée dans un contexte d’augmentation des dossiers d’insolvabilité des consommateurs, alors même que la sécurité d’emploi perçue diminue parmi les employés canadiens, malgré une baisse du taux de chômage à 6,5 % en novembre contre 6,9 % en octobre.
Hausse des dossiers d’insolvabilité des consommateurs
Morningstar DBRS a indiqué dans un rapport de décembre sur la performance des cartes de crédit canadiennes que « bien que la Banque du Canada ait réduit le taux directeur neuf fois depuis juin 2024 pour le ramener à 2,25 % afin de stimuler la croissance économique, l’impact économique de la guerre commerciale américaine affaiblit le marché du travail et a entraîné une hausse du chômage, contribuant à une augmentation du nombre de dossiers d’insolvabilité des consommateurs ». L’Association canadienne des professionnels de l’insolvabilité et de la réorganisation a signalé en novembre que les insolvabilités des consommateurs au Canada avaient augmenté de 4,8 % au troisième trimestre par rapport à l’an dernier.
Parallèlement, les prêts hypothécaires sont refinancés, ou ont été refinancés, à des taux plus élevés qu’il y a quelques années, ce qui continue de mettre sous pression les finances des Canadiens dans un contexte persistant de préoccupations liées à l’abordabilité.
En fait, collectivement, les grandes banques canadiennes ont augmenté leurs provisions pour prêts susceptibles de devenir irrécouvrables, selon leurs résultats financiers.
Les acteurs du marché considèrent l’endettement des ménages comme l’un des principaux risques pour la stabilité du système financier.
L’endettement des ménages arrive au troisième rang des risques pour la stabilité du système financier cités par les courtiers en valeurs mobilières et les gestionnaires de portefeuille interrogés par les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM). Le résumé de l’Enquête sur les risques systémiques 2025 des ACVM, publié jeudi, montre que 62 % des répondants considèrent que la dette des ménages présente un risque élevé ou très élevé, bien que ce soit en baisse par rapport à 68 % l’année dernière. Les préoccupations ont également légèrement diminué pour le marché de l’habitation et les risques liés aux taux d’intérêt, après un sommet en 2023.
Sans surprise, le commerce, en lien avec la géopolitique, demeure la principale menace à la stabilité du système financier, suivi par les vulnérabilités cybernétiques, l’intelligence artificielle contribuant aux inquiétudes en matière de cybersécurité.
Il est à noter que la dette publique se classe au sixième rang des 19 risques énumérés, devant la dette des entreprises (13e). Les préoccupations sont les plus faibles concernant la liquidité des actions.
