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L’engagement climatique du gouvernement canadien se heurte à la fatigue de la « prime verte »

La mobilisation de capitaux à travers les obligations vertes souveraines fait partie de la stratégie de financement du Canada pour atteindre ses objectifs climatiques nationaux. Mais convaincre les investisseurs d’accepter un rendement plus faible en achetant des obligations vertes , la « prime verte », en échange d’un impact durable devient de plus en plus difficile.

Lorsque le gouvernement a déposé le Budget 2025, la Banque du Canada a publié le résumé de ses consultations sur la stratégie de gestion de la dette, menées en septembre et octobre, afin de recueillir les avis des investisseurs et autres acteurs du marché en préparation du programme de dette intérieure pour l’exercice 2026-2027.

Le résumé précisait dans son tout dernier paragraphe, à propos des investisseurs intégrant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs décisions :

ces investisseurs sont moins enclins que par le passé à payer une « prime verte » importante à l’émission

As for traditional investors, they are reluctant to pay any premium at all:

De même, les investisseurs institutionnels qui n’ont pas de mandat d’investissement vert spécifique sont réticents à payer une prime pour acheter ces titres.

Baisse mondiale des émissions d’obligations vertes

Cette fatigue de la prime verte s’inscrit dans un contexte de baisse mondiale des émissions d’obligations vertes : selon Sustainable Fitch, l’émission globale a chuté de 46 % au troisième trimestre par rapport au deuxième, tous émetteurs confondus (entreprises et États).

Ce n’est pas un problème de demande. En réalité, le budget a souligné la « forte demande des investisseurs verts et socialement responsables » lors de l’adjudication d’octobre de 2,5 milliards de dollars, citant à la fois des investisseurs canadiens et internationaux. Autrement dit, la demande existe — mais au prix du marché.

Pour l’instant, le gouvernement prévoit d’élargir son cadre des obligations durables afin de pouvoir émettre à la fois des obligations vertes et des obligations de transition, destinées à « financer les dépenses gouvernementales qui aident les secteurs industriel et agricole à devenir plus propres et plus compétitifs ». Ce cadre s’alignera sur les lignes directrices canadiennes sur l’investissement durable, attendues d’ici la fin de 2026.

Les obligations de transition visent à aider les entreprises des secteurs à forte intensité carbone (industrie, agriculture) à évoluer vers des activités plus propres et neutres en carbone, tandis que les obligations vertes financent des projets déjà verts dans neuf catégories d’activité :

  • Transport propre
  • Ressources naturelles vivantes et utilisation des terres
  • Efficacité énergétique
  • Biodiversité terrestre et aquatique
  • Énergie propre (y compris le déploiement de l’énergie nucléaire)
  • Adaptation aux changements climatiques
  • Gestion durable de l’eau et des eaux usées
  • Produits, procédés et technologies adaptés à l’économie circulaire
  • Prévention et contrôle de la pollution

Le gouvernement prévoit d’émettre 4 milliards de dollars d’obligations vertes en 2025-2026 (dont 2,5 milliards déjà émis), et 4 milliards supplémentaires l’année suivante.

Hausse des émissions de dette souveraine

Si le volume d’obligations vertes reste stable sur deux ans, les émissions d’obligations classiques devraient augmenter, entrant en concurrence sur les marchés internationaux alors que d’autres pays développés voient également leur dette croître.

Les émissions brutes d’obligations devraient passer de 241 milliards de dollars l’an dernier à 316 milliards en 2025-2026, avant de redescendre à 298 milliards en 2026-2027.

Au Canada, l’encours total de la dette de marché devrait atteindre 1,8 billion de dollars d’ici la fin de l’exercice 2026-2027, contre 1,6 billion actuellement. Le gouvernement propose également d’augmenter le plafond d’endettement de 415 milliards de dollars, le portant à 2 541 milliards de dollars d’ici mars 2030 — la plus forte hausse depuis les mesures d’urgence liées à la pandémie.

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